Critique de 7 jours, l’animé éveillé

Les difficultés que rencontrent les studios pour produire des films en prises de vues réelles laissent un peu plus de champ aux films d’animation. En quoi 7 jours de Yûta Murano en compétition au festival d’Annecy 2020 et qui sort en salle ce 6 octobre se démarque-t-il au point de susciter votre curiosité ?

A une semaine de ses 17 ans Aya doit suivre son père à Tokyo au premier jour des vacances scolaires. Son ami d’enfance Mamoru qui l’aime en secret lui propose de fuguer 7 jours dans une usine désaffectée. A une escapade en tête à tête, la jeune fille préfère une fête avec ses amis mais c’est sans compter un invité surprise.

7 jours est l’adaptation au cinéma du roman 7 Days War d’Osamu Sôda paru en 1985. Le succès a été tel auprès des collégiens qu’un long métrage en prises de vues réelles est réalisé en 1988 offrant à l’actrice Rié Miyazawa son 1er rôle. Le retour de son personnage Hitomi, 30 ans plus tard est d’ailleurs un sympathique clin d’œil.

Malgré de nombreux ingrédients pour faire un bon slasher, 7 jours n’a rien d’un film d’horreur. Plus proche des Goonies que de Ca, il reprend un concept très années 80 décrivant le passage à l’âge adulte d’adolescents qui en mettant en échec de méchants adultes voient se métamorphoser leur relation en amitié voire plus.

Avec un héros passionné de stratégie militaire, un intello misanthrope, une décomplexée, la jolie fille gentille avec tout le monde, la sportive énergique et le beau garçon à l’intelligence limitée, les personnages sont quelque peu stéréotypés et leur parcours dans cette aventure s’avère un peu trop prévisibles.

Si certaines problématiques restent intemporelles, d’autres concernant les ados des années 80 n’ont plus rien à voir avec ceux des années 2020 Le scenario écrit par Ichirô Ôkôchi et son équipe introduit dans l’histoire des sujets contemporains autant politiques que sociétaux et plutôt audacieux surtout pour un anime japonais.

7 jours est clairement engagé quand au statut des migrants, sujet particulièrement sensible au pays du soleil levant. Le film de Yûta Murano montre aussi l’importance des réseaux sociaux et les ravages qu’ils peuvent exercer sur la vie d’enfants comme l’a encore récemment démontré le cyber harcèlement des jeunes nés en 2010.

Avec une pudeur toute japonaise, « 7 jours » expose enfin les difficultés que peuvent rencontrer les gays dans l’acceptation de leur attirance sexuelle vis à vis d’eux même, de leur famille et plus généralement des autres. En parachèvement de ces thèmes difficiles, même la question sur l’identité de genre est furtivement posée.

S’agissant d’un huis clos, le manque de diversités des paysages est compensé par le design expressif des personnages où chaque caractéristique est représentée avec précision. L’emploi de couleurs vives permet toutefois à certaines scènes en dépit du contexte propre à une usine abandonnée, d’être empruntes d’une vraie poésie.

Grace à la musique du film de 88 le groupe de synthé pop rock TM Network a acquis une grande notoriété auprès de jeunes japonais. Dans un registre plus romantique, les chansons issues de la bande originale composée par Jun Ichikawa et interprétée par Sano Ibuki, rodé à l’exercice collent bien à cette ambiance mélodramatique.

Subtilement et sans sombrer dans le pathos, 7 jours traite de sujets lourds, actuels et peu abordés dans les films d’animation nippons. En les faisant côtoyer l’intemporalité des problèmes d’adolescents, il parvient à transformer le spectateur en huitième passager de ce voyage statique certes peu réaliste mais auquel il fait bon de croire.


7 jours
Sortie en salle le 6 octobre 2021

Silverword Auteur

Critique de Cinéma, Spécialiste High Tech, Gameur old School, le Triangle Infernal

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