Critique de Residue, une caméra pour se rappeler, constater, militer

Aux ghettos-blasters des années 80 qui via le rap ont dénoncé la dure réalité de la vie des noirs américains dans les quartiers succèdent aujourd’hui les caméras numériques. En s’emparant de cet outil, quels messages Merawi Gerima a-t-il voulu faire passer au travers de son film Residue qui sortira en France le 5 janvier ?

Après plusieurs années en Californie, Jay un cinéaste dans la trentaine est de retour dans le quartier de Washington DC où il a grandi pour finaliser son script. A sa grande surprise le voisinage a beaucoup changé et les gens qu’il interroge restent bien évasifs quand il s’enquiert du devenir de son meilleur ami Demetrius.

Residue est remarqué au 77eme festival de la Mostra de Venise en 2020 où il obtient la mention spéciale de la section indépendante Venice Days. Il s’agit du premier long métrage de Merawi Gerima qui suit les traces de son père Haile un des membres fondateurs du mouvement L.A Rebellion pour un cinéma noir proche du néo-réalisme italien.A travers les nombreux plans sur les travaux effectués dans le quartier de Jay, Revenue témoigne au premier abord d’une gentrification des lieux par une population majoritairement blanche contre laquelle les habitants historiques, principalement noirs et plus pauvres ne peuvent pas grand-chose à part s’en aller.

A travers toute une galerie de portraits inspirée de certains aspects autobiographiques, Merawi Gerima dresse également le constat amer de toute une génération qui n’a pu échapper à un destin qui lui était clairement tracé. Mort, prison, désœuvrement ont ainsi implacablement fauché la plupart des amis de Jay.

Dans cette optique, Revenue est rythmé par de fréquents flashbacks élégamment introduits comme celui où Jay est à l’avant dans la voiture de sa mère tandis que sa version plus jeune se trouve à l’arrière avec son ami Delonte. Bien qu’également très présente, la violence est beaucoup plus suggérée que démonstrative.

Pour y parvenir, un travail excellent sur la lumière est effectué comme dans la scène où sans officier à l’écran les visages blasés et bleutés par un gyrophare évoquent le harcèlement policier. Gerima fait aussi appel à d’efficaces plans fixes pour rappeler l’issue fatale à laquelle conduit le business de la drogue.

Afin d’exprimer la culpabilité, la frustration et la colère de Jay, Merawi Gerima a trouvé en la personne de Obinna Nwachukwud, un acteur convaincant, émouvant, habité par son personnage. Distingué en 2020 comme le meilleur de sa catégorie au SlamDance, il est certain qu’on entendra encore parler de lui à l’avenir.

Pour sa 1ere apparition au cinéma la performance de Dennis Linsay qui incarne Delonte un ami de Jay est aussi à souligner. Malgré le peu d’espace, les femmes ne sont pas en reste grâce au jeu tout en nuance et pondération apporté par Taline Stewart alias Blue la petite amie ou Melody A Tally en Lavonne la mère de Jay.Si la bande son assure niveau rap en enchainant les titres ancienne école de Critical Condition Band à  D.O.M.O DaOneManOver inspirés par Tupac et Notorious BIG, elle contient aussi d’excellents morceaux originaux comme la chanson soul interprétée par Isaiah Hall un chanteur du quartier de Merawi.

A la frontière entre documentaire et fiction, Residue en plus de dénoncer la gentrification témoigne des inégalités auxquelles font face les noirs américains. Parfois avec un peu trop de lyrisme il rappelle aussi qu’il reste toujours en soi un peu de l’endroit où l’on a grandi qu’importe le chemin que l’on a emprunté dans la vie.


Residue
Sortie en salle le 5 janvier 2022

Silverword Auteur

Critique de Cinéma, Spécialiste High Tech, Gameur old School, le Triangle Infernal

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