The Holy Boy, embrasser la souffrance avec le sourire

Il est réjouissant de constater que de plus en plus de films présentés au Festival européen du film fantastique de Strasbourg finissent par obtenir une sortie nationale. Méliès d’Argent et Prix du public dans la catégorie long métrage, The Holy Boy sera dans les salles ce 2 septembre. Son plébiscite s’explique-t-il ?

Sergio, un professeur dépressif, est muté à Remis, le village le plus heureux d’Italie. Sur place, il découvre que les habitants vouent un culte à Matteo dont l’étreinte efface toute souffrance. Sergio tente alors d’aider l’adolescent à s’émanciper du rôle qui lui est imposé sans se douter des conséquences de son intervention.

Après le boisé A Classic Horror Story et le vaporeux Flowing, The Holy Boy est le troisième long métrage de Paolo Strippoli. Derrière son titre original, La valle dei sorrisi, le réalisateur détourne les codes de l’horreur religieuse pour dépeindre une société qui préfère l’illusion du bonheur à l’acceptation de ses blessures.

Michele Riondino porte le film avec une grande sobriété. Son personnage apparaît comme un homme brisé avant même d’arriver à Remis. Les traumatismes passés transparaissent dans son regard davantage que dans les dialogues. Cette réserve renforce progressivement l’inquiétude qui accompagne toute son enquête.

Face à lui, Giulio Feltri impressionne par son interprétation de Matteo. L’adolescent oscille constamment entre innocence et inquiétante étrangeté. Paolo Strippoli entretient cette ambiguïté, laissant planer le doute sur la véritable nature du jeune garçon. Cette incertitude nourrit efficacement la tension.

Les habitants de Remis participent aussi à l’atmosphère malsaine. Derrière leurs sourires et leur apparente bienveillance se dissimule une communauté devenue dépendante des pouvoirs de Matteo. Le village devient alors la pertinente métaphore d’une société qui use et abuse de sa jeunesse afin d’assouvir ses propres besoins de jouissance.

La mise en scène privilégie une horreur diffuse. Les paysages montagneux, les rues silencieuses et les rassemblements des habitants créent une atmosphère profondément oppressante. Lorsque la violence surgit enfin, elle frappe par sa brutalité et rompt soudainement un calme devenu presque insupportable.

La photographie magnifie les reliefs – qui encerclent Remis tout en renforçant son isolement. Dans les intérieurs, les éclairages tamisés confèrent aux lieux une dimension quasi religieuse qui souligne le culte voué à Matteo. Ce contraste transforme le village en un écrin aussi séduisant qu’inquiétant.

Cette approche demande un véritable investissement. Les amateurs d’épouvante spectaculaire risquent de rester sur leur faim tant The Holy Boy privilégie le malaise psychologique aux effets de surprise. Le récit avance lentement afin d’installer son univers et ses personnages avant de dévoiler progressivement ses véritables intentions.

Cette construction atteint néanmoins ses limites durant la dernière partie. À force de multiplier les symboles et les pistes de réflexion, le scénario perd parfois en lisibilité. Certaines idées auraient gagné à être davantage développées tandis que d’autres alourdissent inutilement un récit déjà particulièrement dense.

La bande originale de Federico Bisozzi et Davide Tomat accompagne parfaitement cette plongée dans l’inconfort. Les compositions se montrent discrètes, laissant souvent le silence envahir les scènes. Ce minimalisme participe pleinement au sentiment d’oppression et accentue l’étrangeté permanente qui enveloppe le village.

The Holy Boy s’impose comme une œuvre dérangeante qui utilise l’horreur pour interroger notre rapport à la souffrance et au besoin de croire. Malgré un propos parfois dispersé, Paolo Strippoli signe un film singulier qui continue d’interpeller bien après le générique. De quoi finalement comprendre le plébiscite strasbourgeois.


The Holy Boy
En salles le 02 Septembre 2026

Silverword Auteur

Critique de Cinéma, Spécialiste High Tech, Gameur old School, le Triangle Infernal

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