Les productions d’arts martiaux hongkongaises atteignent rarement les salles françaises. The Furious, attendu le 10 juin prochain, profite de cette singularité. Qu’est-ce qui transforme cette odyssée portée par un héros sans cape en rendez-vous incontournable pour les amateurs du genre comme pour les néophytes ?

Attirée dans un piège par un garçon de son âge, la jeune Rainy est enlevée par une organisation criminelle. Bien que son cas soit loin d’être isolé, Wang Wei ne trouve aucun soutien auprès des autorités. Le père comprend alors qu’il devra mener ce combat seul. Sa quête le conduit dans les bas-fonds d’une ville gangrenée par la violence.

The Furious porte la signature de Kenji Tanigaki, remarqué pour son travail sur City of Darkness. Le réalisateur place ses interprètes au cœur du spectacle et laisse les artifices numériques au second plan. La caméra épouse les mouvements avec fluidité tout en préservant leur lisibilité, une approche qui rappelle les plus belles productions de la Shaw.

Sous la direction du chorégraphe Kensuke Sonomura, les affrontements sont construits comme de véritables séquences narratives. Les situations évoluent constamment avec des combattants qui s’adaptent aux obstacles. Les décors participent ainsi à la mise en scène. Cette inventivité contribue largement au rythme du film.

Xie Miao impressionne dans le rôle principal. Muet, son personnage communique à travers les regards et le langage des signes. Cette particularité renforce l’intensité dramatique de plusieurs scènes. Sa performance apporte une véritable dimension humaine à une œuvre qui aurait facilement pu privilégier uniquement l’action.

L’ancien champion de judo Joe Taslim livre également une prestation convaincante. Le journaliste qu’il incarne apporte une touche d’humanité bienvenue face à la détermination quasi obsessionnelle de Wang Wei. L’évolution de leur relation contribue largement à l’attachement que suscitent les deux hommes.

La photographie accompagne efficacement cette plongée dans les bas-fonds de Bangkok. Les ruelles étroites, les néons agressifs et les bâtiments délabrés constituent un environnement oppressant. Cette direction artistique traduit parfaitement l’emprise de la corruption sur la société qui entoure les personnages.

La bande originale composée par Elliot Leung et Olivia Xiaolin accompagne efficacement l’ambiance générale. Les compositions soutiennent les scènes d’action sans jamais étouffer les émotions. La présence de Flying Lotus au générique musical ajoute aussi une couleur plus contemporaine à l’identité sonore du film.

Manquant d’un peu de relief, l‘antagoniste principal aurait gagné à bénéficier d’un traitement plus approfondi. Sa présence impose le respect durant les affrontements, mais son écriture ne lui permet jamais de dépasser ce simple statut. Les derniers face-à-face perdent ainsi une partie de leur force dramatique.

Avec The Furious, Kenji Tanigaki signe une œuvre généreuse qui puise autant dans l’héritage de la Shaw Brothers que dans l’énergie moderne de City of Darkness. Son regard sur le trafic d’êtres humains, déjà au cœur de Sound of Freedom, confère au film une résonance qui dépasse le simple cadre de l’action.
The Furious
Sortie en salles le 10 Juin 2026
