Le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg 2025 sous la présidence d’Alexandre Aja est un excellent cru. Voir une partie de sa programmation arriver en salles a de quoi réjouir. Après Que ma volonté soit faite et Dolly, Mārama débarque ce 22 avril, et les défenseurs des bienfaits de la colonisation ne sont clairement pas prêts.

En 1859, Mary Stevens reçoit une lettre l’invitant à rejoindre un manoir dans le Yorkshire afin d’en savoir plus sur sa famille. Intriguée, la jeune femme māorie accepte d’y séjourner en tant que tutrice auprès de la petite fille de la maison. Mais très vite, sa présence dans ces lieux réveille en elle d’inquiétantes hallucinations.

Porté par ses décors et son atmosphère, Mārama s’inscrit avant tout dans le registre du fantastique gothique. Toutefois, pour son premier long métrage, Taratoa Stappard tient à y intégrer un drame historique lié au passé colonial en empruntant les codes de l’horreur psychologique.

Le scénario tisse progressivement une réflexion sur l’identité et l’héritage culturel. Mary se confronte autant à des manifestations surnaturelles qu’à un passé marqué par la soumission et la dépossession. Le fantastique devient alors le vecteur d’une parole militante assumée qui refuse désormais de se taire.

Face à la caméra, Ariāna Osborne porte le film avec force et subtilité, traduisant avec justesse les tiraillements d’un personnage en quête d’identité. Chaque plan semble pensé pour installer un malaise notamment avec cette scène marquante où elle s’adonne à un haka guerrier dans une magnifique robe victorienne.

Le reste du casting s’inscrit dans cette même logique, avec des figures volontairement énigmatiques qui entretiennent le doute. Une mention spéciale revient toutefois à Erroll Shand. Véritable Riff Raff du propriétaire des lieux, il renforce cette impression constante que chaque personnage dissimule une part d’ombre.

Sur la forme, le travail sur la lumière, les cadres et les contrastes évoque La Leçon de piano de Jane Campion dans sa capacité à installer une sensation d’isolement progressif. Sur le fond, Mārama se rapproche d’œuvres où le fantastique agit comme un miroir des peurs et matérialise un trauma, à l’image de The Witch.

Le rythme ne fera pas l’unanimité. Certaines séquences auraient gagné à être resserrées, notamment dans sa seconde partie. Ce choix renforce l’immersion mais peut freiner l’implication à certains moments. Le récit devient également plus explicite dans son dernier acte, au risque d’atténuer une partie de son mystère.

La bande originale, signée le duo Karl Sölve Steven et Rob Thorne, accompagne le film dans une approche hybride et résolument organique, mêlant nappes orchestrales et sonorités māories traditionnelles qui renforce à la fois l’atmosphère gothique et la dimension revendicatrice du récit.

Porté par une vraie vision et une interprétation solide, Taratoa Stappard signe avec Mārama un film imparfait mais habité, qui laisse une empreinte persistante bien après la projection. Réalisé dans le respect de la culture māorie, ce manifeste horrifique porte un message universel au nom de toutes les populations opprimées.
Marama
Sortie en salles le 22 Avril 2026
