Une Pluie sans Fin aux 3èmes Avant-Premieres du CIP

Quand on vit à Paris, le cinéma en salle ce n’est pas seulement courir vers ce que j’appelle les GUMP, les gigantesques multiplex des Gaumont UGC MK2 Pathé. Les cinéma indépendants parisiens permettent aussi de vivre les films de manière un peu moins standardisée, plus organique.
Pour face aux offres des grands exploitants, les cinémas indépendants ont multiplié les initiatives.  La cinécarte CIP  permet au spectateur d’obtenir des places à moins de 6 euros dans les salles participantes. Autour de ce tarif, le festival “Avant Premières” propose aussi toute une sélection de films en avant première.Pour cette troisième édition, Une Pluie sans Fin de du cinéaste chinois Dong Yue a été sélectionnée. Grand prix 2018 du festival du film policier de Beaune, ce long métrage a réussi l’exploit d’être non seulement distribué en salle en France mais en plus a passé la censure dans un pays où le thriller est un genre quasiment inexistant.
Chef de la sécurité respecté d’une usine, Yu Guawei occupe un poste de subalterne dans la police. Quand survient une série de meurtres, il voit dans le piétinement de l’enquête le moment de montrer enfin de quoi il est capable. Retrouver à tout prix le coupable alors devient sa seule et unique motivation.
Diplômé à Pékin d’un Master photo, Dong Yue n’a pas manqué d’employer ce savoir faire pour son film. Ayant aussi travaillé dans la pub, son souci de l’esthétique est omniprésent. Il parvient à renforcer la noirceur et la tristesse de son film avec des plans grisâtres d’usines vétustes et d’ouvriers souvent sous une pluie torrentielle.
Semblable par certains aspects à Memoires of Murder, l’histoire est bien construite même si le scénario cède vers la fin à quelques facilités. Dong Yue se sert surtout du genre pour mener une charge subtile vis à vis du gouvernement chinois sur les conséquences de ses réformes sur la population.
Le film doit beaucoup à son acteur principal Duan Yihong. Familier du film noir, auparavant dans the Dead End pour lequel il a été primé à Shanghai en 2015, son travail de composition est si crédible pour ce rôle de flic en mal de reconnaissance qu’il a de nouveau obtenu le prix du meilleur acteur cette fois au Tokyo International Film Festival.

L’actrice Jiang Yiyan lui donne la réplique en incarnant une jeune femme qui ne rêve que de partir à Hong Kong dans l’espoir d’une vie meilleure. Elle représente les laissés pour compte de cette période transitoire. Posé, le capitaine joué par Yuan Du confirme le dénuement dont faisaient également preuve les anciens face à la situation.
Par sa mélancolie, la bande son s’accorde parfaitement avec l’ambiance de fin d’un monde qu’annonce Une Pluie sans Fin. Composée par Ding Ke, un musicien chinois vivant en France, les échanges ont pu avoir lieu par le biais des réseaux sociaux. L’enregistrement et le mixage ont toutefois bel et bien été réalisés à Paris.
Extrêmement rare  dans le genre de part son origine Une Pluie sans Fin de Dong Yue est une première oeuvre particulièrement réussie utilisant le film noir comme d’autres ont utilisé la science fiction pour véhiculer un message critique sur la violence des certaines décisions politico économiques.

Une Pluie sans Fin
Sortie en France le 25 juillet 2018

Silverword Auteur

Critique de Cinéma, Spécialiste High Tech, Gameur old School, le Triangle Infernal

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.