Demons’ Night Fever, vivre et faire mourir

Après avoir donné naissance à Disgaea, Sohei Niikawa, ancien PDG de Nippon Ichi Software, revient au RPG tactique avec Demons’ Night Fever. Dans cette aventure, les démons prennent le pouvoir et sacrifier ses alliés devient une stratégie gagnante. Cette inversion des valeurs suffit-elle à renouveler les codes du genre ?

Sur une Terre parallèle, Giga Sugoi Death s’apprête à éliminer Dieu lorsqu’elle est mystérieusement transformée en bébé. Pour retrouver ses pouvoirs, la déesse du mal active un programme de résurrection impliquant Killshiro Katanaka, un développeur totalement désabusé qui déteste profondément la société.

Développé par Drecom et SuperNiche, studio fondé en avril 2025 par Sohei Niikawa, Demons’ Night Fever est un RPG tactique au tour par tour édité par Arc System Works. Disponible sur PS5, Switch et PC, il reprend certains fondamentaux de Disgaea tout en proposant des mécaniques inédites.

Les premières missions servent de tutoriel et introduisent progressivement les déplacements, les attaques et les compétences spéciales. Les objectifs sont clairement indiqués avant chaque affrontement. Cette prise en main accessible se prolonge sur plusieurs missions tant les possibilités stratégiques sont nombreuses.

L’histoire repose sur une succession de situations absurdes et de dialogues délibérément provocateurs. Killshiro et son maître forment un duo aussi improbable que décalé. L’humour en dessous de la ceinture, omniprésent, détourne les conventions habituelles du JRPG, où il est plutôt question de sauver l’humanité.

Les affrontements se déroulent sur des terrains quadrillés où le positionnement des unités détermine les possibilités d’attaque. Contrairement aux RPG tactiques traditionnels, les sbires agissent automatiquement. Il faut donc anticiper leurs déplacements et exploiter leurs actions au lieu de les contrôler individuellement.

La principale originalité réside dans le sacrifice des sbires à l’insu de leur plein gré, déclenchant de puissantes explosions. Ces déflagrations permettent de toucher plusieurs adversaires et de débloquer certaines situations difficiles. Leur disparition devient ainsi une ressource stratégique plutôt qu’une pénalité.

Les compétences disponibles permettent également d’absorber les points de vie des sbires, d’échanger leur position ou de modifier leurs actions. Ces possibilités encouragent les combinaisons tactiques, mais leur efficacité dépend du comportement des unités, rendant certains affrontements inutilement imprévisibles.

Entre deux missions, le repaire démoniaque permet de recruter des serviteurs, d’améliorer leurs caractéristiques et de préparer les prochaines opérations. Les méfaits accomplis rapportent des points de vilenie utilisables pour progresser. Cinq orientations, dont la cruauté et la ruse, déterminent les améliorations accessibles.

Cette progression s’accompagne d’une gestion du temps qui oblige à choisir judicieusement ses activités. Pillages, enlèvements et entraînements ne peuvent être multipliés indéfiniment. Cette contrainte apporte une dimension supplémentaire à la stratégie, mais la multiplication des menus et l’importance du hasard ralentissent parfois le rythme.

Sur le plan graphique, les illustrations en 2D constituent l’identité visuelle du jeu. Les personnages expressifs et leurs réactions exagérées renforcent l’humour des dialogues. En revanche, les environnements en 3D utilisés pendant les combats affichent une réalisation plus modeste et des décors peu détaillés.

Composée par Tatsuya Yano, la bande-son accompagne les affrontements et les situations burlesques avec des mélodies aux accents électro-pop. Le thème principal, Dropout, est interprété par syudou, auteur du succès Usseewa pour Ado. Le jeu est doublé en japonais et en anglais, mais bénéficie de sous-titres français.

Une vingtaine d’heures est nécessaire pour parcourir les 5 chapitres de Demons’ Night Fever. Sa durée de vie peut être prolongée en recommençant les chapitres pour relever de nouveaux défis et débloquer des bonus. Toutefois, la répétitivité des combats et certaines mécaniques aléatoires finissent par limiter son intérêt stratégique.

En faisant du sacrifice de ses alliés une mécanique centrale, Demons’ Night Fever parvient à se distinguer des RPG tactiques traditionnels. Son humour provocateur et ses personnages extravagants compensent partiellement ses faiblesses. L’aventure demeure originale, mais ses bonnes idées auraient mérité d’être davantage exploitées.


Demons’ Night Fever
Disponible sur PS5 et Nintendo Switch et PC

Demons' Night Fever

39,99
7

Général

7.0/10

Pour

  • Le système de sacrifice
  • Des personnages hauts en couleur
  • L'humour

Contre

  • La réalisation 3D

Silverword Auteur

Critique de Cinéma, Spécialiste High Tech, Gameur old School, le Triangle Infernal

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