En compétition dans la section Contrechamps, L’Odyssée de Céleste, qui s’appelait encore Space Cadet, a marqué le public du Festival du film d’animation d’Annecy 2025. Les festivaliers ont-ils été attendris par l’esthétique enfantine du long métrage ou ce dernier a-t-il su s’adresser à chacun dans un langage intime et universel.

Robot est programmé pour s’occuper de la petite Céleste afin qu’elle devienne astronaute. Lorsqu’elle s’élance pour sa première mission dans l’espace, elle doit affronter des dangers qui l’empêchent de rentrer. Au fur et à mesure que le temps s’écoule, l’obsolescence pèse de plus en plus sur Robot resté seul sur Terre.
L’Odyssée de Céleste est le premier long métrage d’Eric San, alias Kid Koala. Connu pour son travail de musicien, DJ et compositeur ainsi que pour ses créations visuelles narratives, il franchit une étape importante en adaptant au cinéma son roman graphique éponyme sorti en 2011, déjà accompagné d’une bande-son originale.
L’histoire n’est pas sans rappeler Mon Ami Robot de Pablo Berger, qui traitait lui aussi de séparation, de solitude et de perte. Comme dans ce dernier, l’absence quasi totale de dialogues ne nuit en rien à l’intensité émotionnelle. La retenue devient une force. Le rythme surprend car il exige patience et disponibilité.
Il n’est toutefois pas question de s’ennuyer. Les séquences spatiales apportent une tension bienvenue, notamment lorsque Céleste doit faire preuve d’ingéniosité pour s’extirper d’une situation périlleuse. En parallèle, les touches d’humour reposent davantage sur Robot, dont les tentatives maladroites pour s’occuper soulignent sa vulnérabilité.
En dédiant son film à ses grands-parents, Kid Koala met surtout en lumière l’importance des petits moments simples et heureux qui, avec le temps, deviennent des souvenirs précieux. Lorsque les acteurs de ces instants de partage disparaissent, il ne reste que la mémoire pour raviver ces fragments de vie.
Visuellement, le long métrage adopte une 3D aux textures feutrées qui évoque le stop motion. Les formes simples et les lumières tamisées donnent à l’ensemble un aspect maquette presque artisanal. Cette direction artistique renforce la dimension intime du récit, la solitude de Céleste dans l’espace résonnant avec celle de Robot.
La bande sonore occupe une place centrale et structurante. Elle assure la continuité entre les séquences terrestres et spatiales et impose son propre rythme interne au long métrage. L’animation semble pensée comme une chorégraphie visuelle construite autour des motifs musicaux. Sans elle, l’équilibre du film serait fragilisé.
Le premier long de Kid Koala propose ainsi une méditation à hauteur d’enfant et d’adulte. L’attachement ne naît pas d’un dialogue appuyé mais d’un enchaînement de gestes, de regards et d’ellipses. Le film aborde des thèmes délicats avec pudeur. Cette sensibilité donne au récit une tonalité mélancolique sans jamais l’alourdir.
L’Odyssée de Céleste n’est donc pas un divertissement familial classique. Il assume sa lenteur et son silence dans un paysage animé souvent dominé par le spectaculaire. Le film n’a pas seulement attendri. Il a touché bien au-delà de son apparente innocence, laissant la sensation d’avoir vécu un voyage intérieur à hauteur d’étoiles.
L’Odyssée de Céleste, un voyage intérieur à hauteur d’étoiles
