La série BLUE REFLECTION suit une trajectoire singulière depuis ses débuts en 2017. Deux jeux sur consoles, une série animée puis une production mobile ont enrichi son univers tout en dispersant ses histoires. BLUE REFLECTION Quartet peut-il donner une vraie cohérence à cette aventure fragmentée ?

BLUE REFLECTION Quartet prend donc la forme d’une compilation réunissant les différentes productions de la licence au sein d’un même jeu. Développé par Gust et édité par Koei Tecmo, le titre rassemble BLUE REFLECTION, BLUE REFLECTION RAY, BLUE REFLECTION SUN et BLUE REFLECTION SECOND LIGHT.
Connu pour sa sage Atelier aux graphismes de style animes, le studio japonais ne se contente toutefois pas d’aligner 4 RPG de type « Magical Girl » se déroulant dans un cadre lycéen moderne. Certains bénéficient d’améliorations tandis que RAY et SUN ont nécessité une notable adaptation pour en faciliter la découverte.
BLUE REFLECTION ouvre les festivités avec Hinako Shirai. Cette ancienne ballerine abandonne ses ambitions après une blessure avant que Yuzuki et Lime Shijou bouleversent son quotidien. Les 2 jeunes filles lui permettent de devenir une Reflector et d’explorer le Common, un monde façonné par les émotions.
Les interventions de Hinako servent surtout à développer les relations entre les personnages. Le scénario aborde la solitude, la frustration ou l’acceptation avec sensibilité. Plusieurs dialogues accusent leur âge comme les graphismes malgré les améliorations de Quartet. La progression manque parfois de rythme.
BLUE REFLECTION RAY change radicalement de nature puisqu’il adapte la série animée de 24 épisodes. Gust transforme ses principaux événements en aventure jouable en 3D autour de Hiori Hirahara et Ruka Hanari. Un prologue, un épilogue et des récits supplémentaires renforcent ses connexions avec la saga
Cette conversion facilite la découverte de RAY mais sa condensation possède une contrepartie. Certaines relations évoluent rapidement et plusieurs transitions manquent de naturel. Cette partie ressemble parfois davantage à un résumé interactif qu’à une véritable reconstruction. Son intégration permet néanmoins de suivre toute la saga depuis un même jeu.
BLUE REFLECTION SUN revient de beaucoup plus loin. Cet ancien jeu mobile avait disparu avec la fermeture de son service. Quartet transforme son histoire en expérience hors ligne et reconstruit ses principaux affrontements à partir des mécaniques de SECOND LIGHT. 24 nouveaux événements consacrés aux personnages complètent cette résurrection.
Cette démarche constitue l’un des principaux intérêts de la compilation. SUN retrouve une place dans la chronologie mais conserve quelques traces de sa conception mobile. Certains enchaînements paraissent fragmentés tandis que plusieurs séquences trahissent une structure autrefois adaptée aux sessions courtes.
BLUE REFLECTION SECOND LIGHT profite de la comparaison. Ao Hoshizaki se réveille dans une école isolée avec plusieurs jeunes filles privées de leurs souvenirs. Leur passé se dévoile progressivement à travers les Heartscapes, des environnements façonnés par leurs émotions. Le scénario prend davantage de temps pour développer les personnages et leurs relations.
Cet épisode représente clairement la partie la plus accomplie de Quartet. Huit personnages provenant de RAY et SUN peuvent participer aux combats. Gust ajoute plusieurs options pour accélérer l’exploration, les affrontements ou certains événements. Ces améliorations deviennent appréciables face à la quantité de contenu proposée.
L’évolution apparaît surtout pendant les combats. Le premier BLUE REFLECTION utilise un tour par tour assez classique où une chronologie permet d’anticiper les actions. Cette mécanique fonctionne correctement mais la difficulté pousse rarement à exploiter toutes ses possibilités. Les affrontements importants gagnent heureusement en énergie grâce aux transformations des Reflectors.
SECOND LIGHT apporte beaucoup plus de dynamisme. Les héroïnes remplissent progressivement une jauge avant d’effectuer leurs actions. Leur montée en puissance accélère ensuite les échanges et oblige à réagir plus rapidement. SUN récupère une partie de ces mécaniques pour ses affrontements principaux, renforçant légèrement la cohérence entre les différentes expériences.
BLUE REFLECTION construit toutefois son identité ailleurs. Les relations occupent une place centrale et influencent directement la progression. SECOND LIGHT développe cette idée avec les Heartscapes. Une plage paisible peut ainsi côtoyer des structures abandonnées tandis qu’un décor lumineux dissimule parfois des souvenirs beaucoup moins heureux.
Cette approche donne une fonction narrative à l’exploration malgré une construction assez simple. Les zones proposent essentiellement des ressources, quelques mécanismes et des adversaires visibles sur le terrain. Leur personnalité compense heureusement ce manque de complexité et accompagne efficacement le développement des héroïnes.
La direction artistique participe énormément à cette identité. Le travail de Mel Kishida privilégie les traits délicats, les couleurs pastel et les effets lumineux. Cette douceur contraste efficacement avec les blessures abordées par les différents récits. SECOND LIGHT exploite particulièrement bien cette opposition grâce à des environnements plus variés.
Les différences techniques deviennent malgré tout visibles lorsque Quartet enchaîne quatre productions aux origines aussi éloignées. Le premier épisode affiche certaines animations rigides tandis que RAY et SUN révèlent régulièrement leurs contraintes. La cohérence artistique limite heureusement la sensation de rupture.
Hayato Asano imprime une nouvelle fois sa personnalité à la partie musicale. Le compositeur historique de BLUE REFLECTION mélange piano, sonorités électroniques et morceaux beaucoup plus énergiques durant les affrontements. Cette opposition entre douceur et puissance accompagne parfaitement les Reflectors et constitue encore l’une des signatures les plus reconnaissables de la série.
L’absence de traduction française pose en revanche un véritable problème. BLUE REFLECTION accorde une importance considérable aux dialogues et aux émotions de ses personnages. Une maîtrise suffisante de l’anglais devient donc indispensable pour comprendre les subtilités de quatre aventures particulièrement bavardes.
Quartet facilite heureusement la compréhension générale avec Reference. Cette base de données rassemble une chronologie des événements ainsi que les relations entre les personnages. Une galerie consacrée aux illustrations de Mel Kishida complète l’ensemble et remet intelligemment en ordre une saga dispersée pendant presque une décennie.
Cette compilation dépasse ainsi le simple regroupement commercial. RAY devient directement jouable tandis que SUN retrouve une existence indépendante de son ancien service. Les améliorations apportées aux deux épisodes console complètent cette démarche sans chercher à dissimuler leurs imperfections.
BLUE REFLECTION Quartet parvient finalement à donner la cohérence qui manquait à la saga. Les quatre parties ne possèdent certes pas la même qualité. BLUE REFLECTION accuse son âge, RAY souffre de sa condensation et SUN conserve les traces de ses origines mobiles. SECOND LIGHT domine donc assez largement l’ensemble.
Ces différences permettent pourtant de mesurer l’évolution réalisée par Gust pendant presque dix ans. Quartet rassemble surtout des histoires autrefois dispersées et leur offre enfin un environnement commun. Reference renforce intelligemment cette continuité tandis que la préservation de SUN donne même une dimension patrimoniale au projet.
L’absence de français et certaines mécaniques vieillissantes limitent ses ambitions. Sa générosité et son identité artistique en font néanmoins la meilleure porte d’entrée dans l’univers imaginé par Gust et Mel Kishida. Quartet ne fait donc pas briller tous ses épisodes avec la même intensité, mais leur offre enfin un reflet commun.
BLUE REFLECTION Quartet
Disponible sur PS5, Switch, Switch 2 et PC
